7ème CONFERENCE AU SOMMET DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L’UNION AFRICAINE

DISCOURS DU PRESIDENT BOUTEFLIKA DEVANT LE COMITE POUR LA MISE EN OEUVRE DU NEPAD (Anjul, Le Vendredi 30 Juin 2006)
Monsieur le président, Excellences, Mesdames, messieurs,

Je tiens, en tout premier lieu, à féliciter notre frère et ami, le président de la République fédérale du Nigeria, son Excellence Olusegun Obasanjo, pour la haut qualité du rapport qu’il nous a présenté en sa qualité de président en exercice du Comité de mise en oeuvre du NEPAD.

C’est avec une satisfaction certaine que nous constatons que la vision du renouveau africain, symbolisée par ce programme d’ensemble de l’Union africaine, s’affirme sur le terrain chaque jour davantage et impose sa pertinence et sa fiabilité dans les différents secteurs d’activité.

De par les principes qui le fondent, l’adhésion des pays africains à sa démarche novatrice et le réalisme des objectifs qu’il cible, le NEPAD est devenu aujourd’hui le cadre et l’instrument privilégié des Africains et de leurs partenaires au développement pour la canalisation de tous les efforts tendant au développement de notre continent.

C’est notre sentiment que les efforts tendant à élaborer des stratégies, plans et programmes précis pour donner corps à cette vision, ainsi que l’action soutenue de mobilisation menée en Afrique et sur la scène internationale pour les faire connaître et obtenir le soutien attendu à leur mise en oeuvre commencent à porter leurs fruits.

En matière d’agriculture, de santé, d’infrastructures, de transport, d’énergie, d’éducation, des nouvelles technologies de l’information et de la communication, de la science et de la recherche scientifique, pour ne citer que ces secteurs, l’Afrique dispose aujourd’hui de feuilles de routes pragmatiques, reflétant les besoins véritables de nos pays et de nos populations. Nous ne pouvons que nous réjouir de ces progrès et de cette évolution.

Dans le sillage du NEPAD, l’Afrique a assurément enregistré des avancées encourageantes, parmi lesquelles je tiens à mentionner, au moins, les plus saillantes.

A ce chapitre, il convient d’inscrire, en premier lieu, l’arrêt du dangereux processus de marginalisation que notre continent subissait dans les années quatre-vingt-dix.

L’Afrique et ses préoccupations politiques et socio-économiques ne sont plus ignorées et occupent même la place que l’ampleur et la gravité des problèmes qu’elle connaît lui confèrent dans l’agenda international. Grâce au NEPAD, l’afro pessimisme a perdu du terrain en Afrique, et ailleurs aussi.

A ce chapitre, il est à inscrire également l’émergence du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, lequel exprime et symbolise pleinement le nouvel esprit qui anime notre continent et ses dirigeants. Unique en son genre, il est le seul mécanisme au monde par lequel des hommes d’Etat au pouvoir acceptent de soumettre, volontairement, leur gestion des affaires publiques à un examen détaillé au plan intérieur, mais également au niveau continental et international.

Le nombre croissant des adhésions à ce processus dénote, on ne peut mieux, de l’engagement de l’Afrique dans la voie de la transparence et de la bonne gouvernance. La priorité consiste pour nous, aujourd’hui, en la consolidation de ce mécanisme par une amélioration constante de son fonctionnement.

A ce chapitre également, il y a lieu d’enregistrer l’élargissement des espaces démocratiques, la consolidation continue de l’Etat de droit, la promotion du corpus et instruments de protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l’encouragement du partenariat avec la société civile et le secteur privé, ainsi que le retour progressif de la paix et de al stabilité, tout autant que l’amélioration des performances économiques dans un nombre croissant de pays africains, grâce notamment aux profondes, et combien courageuses, réformes que ces pays ont menées au prix de grands sacrifices sociaux et dans un environnement international encore fortement hostile.

Faut-il rappeler, à ce propos, que la mondialisation n’a nullement valorisé ces efforts africains, et qu’à ce jour, elle a eu pour principale conséquence un plus grand appauvrissement de notre continent et l’éloignement certain de la perspective de réalisation des objectifs du développement pour le millénaire à l’horizon 2015.

Monsieur le président, Excellences, Mesdames, messieurs,

Dans le sillage de la dynamique de mise en oeuvre du NEPAD, nous avons aussi été amenés à identifier et à cerner, avec davantage de clarté, les contraintes et les obstacles structurels à l’intégration économique de notre continent et à la réalisation de la multitude de projets de développement que nous avons retenus.

Parmi les obstacles et contraintes rencontrés, il y assurément la question fondamentale de la faiblesse des capacités institutionnelles et de réalisation des différents regroupements que nous avons érigés en pilier de l’intégration continentale. C’est donc avec un intérêt certain que nous avons accueilli la récente conférence de l’Union africaine sur les capacités des CER et les recommandations auxquelles elle a abouti.

Il y a également la faiblesse du partenariat entre les sous régions mais aussi entre nos pays. Le développement de ce partenariat autour de projets d’intérêt commun reste le véritable moteur à la valorisation de nos complémentarités et à une exploitation optimale de nos capacités ainsi que de nos expériences respectives.

Le lancement d’un certain nombre de projets structurants autour des questions de l’énergie du gaz et électricité en particulier De l’eau, des télécommunications, des transports et des infrastructures routières et ferroviaires montre toute l’étendue des potentialités dont la coopération intra- africaine et porteuse.

La faiblesse des ressources financières, dont la nette insuffisance de l’épargne locale, ainsi que la rareté des compétences humaines se révèlent, encore une fois, un handicap majeur à la concrétisation des initiatives les moins ambitieuses.

La contribution du secteur privé africain demeure, dans sa globalité, marquée par le sceau de l’hésitation, alors que les investissements directs étrangers tardent à s’annoncer dans les proportions souhaitées.

Les partenaires au développement, qui attendaient de l’Afrique qu’elle mette un peu plus d’ordre dans ses propres affaires et crée des conditions macro-économiques acceptables, tardent à tenir leurs promesses, en dépit de la multitude d’engagements pris publiquement envers le continent et ses priorités les plus urgentes.

L’aide au développement reste en deçà des seuils fixés, consommée, toujours et en grande partie, par l’expertise des pays donateurs, au titre de projets qui n’arrivent qu’exceptionnellement à trouver les financements nécessaires.

La pauvreté, les pandémies, les migrations des compétences, la persistance des graves distorsions des marchés internationaux du commerce et des finances, sont autant d’autres facteurs qui ont beaucoup freiné l’Afrique dans sa volonté de sortir du sous développement et de se prendre pleinement en charge dans l’esprit et la vision du NEPAD.

Monsieur le président, Excellences, Mesdames, messieurs,

La vérité aussi est que l’amélioration de l’organisation des instances et structures que nous avons mises en place pour permettre au continent de progresser dans cette voie du renouveau nous interpelle.

Nous avons renforcé les capacités d’intervention de la Commission de l’Union africaine afin de lui permettre de s’acquitter pleinement des nombreuses missions que nous lui confions.

Nous avons aussi, et sans attendre la fin de la transition de l’OUA vers l’UA, doté le NEPAD de moyens humains et financiers adéquats, ceci parce que nous étions animés du souci de faciliter et d’accélérer, à la fois, le processus de transition et le lancement effectif de ce nouveau programme africain.

A Maputo, nous avons affiné et complété la construction de cette architecture.

Nous avons fixé le délai raisonnable de trois années pour sa réalisation. La voie pour y parvenir a été définitivement balisée par le sommet de Charm El-Sheikh, et du Comité de mise en oeuvre du NEPAD.

Force est de constater que le retard intervenu dans la conduite du processus d'intégration du NEPAD aux structures et processus de l’Union africaine conformément à ce schéma, porte tout naturellement préjudice à notre action collective en faveur de la promotion et la conduite du développement de notre continent.

De ce fait, nous sommes d’avis que ce processus d’intégration des deux instances nous interpelle collectivement. L’Afrique y perd sa crédibilité en tant qu’interlocuteur du reste du monde, elle y perd également au niveau de l’indispensable bonne et harmonieuse coordination des efforts collectifs en matière de mobilisation des ressources, de préparation, de maturation et de gestion des projets.

L’exigence de rationalité et de bonne gouvernance que nous nous imposons dans nos propres pays nous dicte d’accorder toute l’attention requise à cette importante question. Il est urgent de faire l’économie d’une duplication injustifiée des maigres moyens du continent et surtout, de donner une assise solide, un cadre clair et une symbiose à notre action et à celle de nos institutions continentales en matière de développement.

Ce sont là, Monsieur le président, quelques uns des axes de réflexion que nous pensons pertinents à retenir dans notre oeuvre collective de promotion du développement de notre continent et du bien-être de nos populations, objectifs qui sont et qui restent la raison d’être de l’Union africaine et du NEPAD.

Je vous remercie de votre aimable attention".