Colloque sur "La démocratie en Algérie : réalités et perspectives"

Allocution du président Bouteflika (Constantine 16/4/06)
Le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé dimanche à Constantine, une allocution à l'ouverture du colloque "La démocratie en Algérie : réalités et perspectives". En voici le texte intégral :

"Chers frères, chères sœurs,

Une nostalgie toute particulière nous envahit en évoquant ces lieux bénis, et nous étreint chaque fois que l'on s'en éloigne ne fusse que pour quelques jours, ces lieux si attachants, si émouvants et si différents que caractérisent toute la générosité et la grandeur de ses hommes et de ses femmes.

"Ville majestueuse et séductrice, fière et enchanteresse, Constantine, symbole d'une histoire glorieuse, et d'un avenir prometteur. Constantine, l'une des villes qui ont fait l'histoire combative et culturelle de l'Algérie, Constantine expression du génie qu'elle recèle, du rayonnement spirituel de ses valeureux et braves hommes et ses éminents et remarquables savants qui ont immortalisé ses vestiges et tracé sa voie, faisant de cette cité un exemple pour toute ville aspirant à atteindre ce rang. Constantine qui, de ses rivières a puisé son encre, de ses arbres taillé sa plume, a écrit des lettres de lumière dans les différents domaines de la littérature, des sciences et du savoir. Constantine, berceau des valeurs suprêmes de l'humanité, Constantine dont chaque pont suspendu, chaque mosquée, pleine d'histoire, chaque citadelle altière, témoigne de ce passé prestigieux et de la générosité séculaire de ses enfants.

"Nous sommes, aujourd'hui, de retour dans cette ville, capitale de l'Est de notre cher pays, nos cœurs emplis de joie de voir cette distinguée assistance, alors que nous procédons, ensemble, à l'ouverture de ce colloque que vous avez pris l'initiative d'organiser sur le thème de "La démocratie en Algérie : Réalités et perspectives". C'est ce qui m'offre l'opportunité d'y contribuer avec ces quelques réflexions que je vous propose en tant que moudjahid dans les rangs de l'Armée de Libération Nationale et en tant que responsable politique de l'Algérie indépendante.

"Je tiens à féliciter à un double titre les organisateurs de cette rencontre. D'abord pour le choix du thème lui-même. Je suis en effet convaincu que des débats construits, rigoureux, même s'ils sont parfois empreints de passion ou de contradiction, sur la conception et la pratique de la démocratie dans notre pays, sont indispensables à la clarification et à l'approfondissement du processus démocratique lui-même. La pratique politique démocratique ne saurait en effet se réduire à la tenue périodique d'élections pluralistes, à la séparation des pouvoirs et au droit d'exercer certaines libertés fondamentales. Ces instruments institutionnels ne prennent toute leur importance dans la vie d'une nation que lorsqu'ils sont mis au service d'une culture démocratique large et respectueuse de la diversité des opinions, fondée sur le dialogue ouvert et intransigeant et dont l'objectif ultime est de promouvoir et de préserver les intérêts supérieurs de la nation, à savoir consolider sa souveraineté, sa modernisation, sa participation dynamique à la renaissance de la civilisation musulmane et son inscription active dans une mondialisation multipolaire. J'espère que votre colloque permettra de ne pas laisser le champ de la démocratie aux seules élites politiques mais d'y impliquer la société tout entière et en particulier les intellectuels qui ont un rôle essentiel à jouer si nous voulons faire de la démocratie non seulement un instrument commode d'alternance au pouvoir, mais également et surtout une culture et des valeurs largement partagées par la nation tout entière en toute conscience et maturité.

"La démocratie ne saurait être une reproduction de ce qui est entrepris par les autres selon leurs réalités et leur vécu, ni un quelconque produit destiné à être importé ou exporté. La démocratie est, en réalité et tout à la fois une conviction et une culture. C'est en fait une pratique émanant du vécu et le produit d'une réalité sociale.

"Je tiens à les féliciter, également, pour avoir organisé cette rencontre à l'occasion de la célébration de Youm El Ilm, le 16 avril, date anniversaire du rappel à Dieu de Cheikh Abdedlhamid Benbadis. Cheikh Abdelhamid Benbadis n'est pas, en effet, seulement un immense alem, le fer de lance de l'Islah, de la renaissance de l'Islam, dans notre pays. Il n'est pas uniquement l'une des figures de proue de notre mouvement national dans les années trente.

Il est aussi la principale figure emblématique de la démocratie dans notre pays, une démocratie qui put faire rimer diversité et unité pour le plus grand bien du peuple musulman d'Algérie.

"Certains d'entre vous seront peut-être étonnés que je parle de démocratie en Algérie dans les années trente et plus encore que je présente Cheikh Abdelhamid Benbadis, lui, le musulman fervent, comme l'une des figures les plus prestigieuses de la démocratie dans notre pays. Aucun historien ne me contredira pourtant sur ce point. A la tête de l'Association des Uléma Musulmans d'Algérie qu'il crée en 1931, il sera, pendant dix ans, le maître d'œuvre infatigable d'un pluralisme démocratique unifiant sur le terrain politique, mais aussi dans le domaine culturel.

"L'Association des Uléma Musulmans d'Algérie accueillera dans ses rangs des Algériens de tendances politiques très diverses, des partisans de Messali Hadj, de Ferhat Abbas et même des communistes, à la seule condition qu'ils se revendiquent de l'Islam. Si Cheikh Abdelhamid Benbadis est un défenseur intransigeant de la langue et de la culture arabe, il n'en assume pas moins, et en même temps, la dimension "amazigh" de la nation algérienne. L'une de ses nombreuses initiatives dans l'explication de la dimension amazigh en tant que pilier de notre identité nationale, se traduisait par la signature qu'il apposait au bas de ses articles dans "Chihab" : Ibn Badis El Sanhadji.

"La première réflexion que je voudrais avancer est que la démocratie est une réalité ancienne dans notre pays. On aurait tort de considérer l'ouverture pluraliste de 1989 dans notre pays comme notre premier pas dans la démocratie.

Rétrospectivement, cette ouverture apparaît moins comme une rupture fondamentale dans l'histoire politique de notre pays que comme une inflexion rendue nécessaire par la différenciation de notre société et la transformation de l'environnement international. Conçue et mise en œuvre dans la précipitation, l'homme a été créé de précipitation, sans discernement ni pédagogie, l'immense majorité de notre peuple a été réticente à l'adopter et l'a plutôt considérée comme une menace à sa cohésion nationale et à son appartenance civilisationnelle.

"Cette dérive a conduit à la catastrophe que nous avons connue et de laquelle nous sommes, grâce à Dieu, en train de sortir. Elle ne doit pas faire oublier les anciennes et profondes traditions démocratiques du peuple algérien, et qui constituent le socle solide à partir duquel, j'en suis convaincu, nous parviendrons, avec l'aide de Dieu, à surmonter la tragédie nationale et à en tirer les leçons, toutes les leçons.

"De Hamdan Khodja, dès les premières années de l'occupation française, jusqu'à la proclamation du 1er-Novembre 1954, toute notre histoire politique est marquée par la permanence de la revendication et des luttes pour l'instauration d'un Etat fondé sur l'expression de la souveraineté populaire, la souveraineté nationale, la poursuite, à cet effet, de la lutte et des révolutions.

"En second lieu, je voudrais faire remarquer que, du fait d'une domination coloniale plus ancienne, plus brutale, plus barbare, et plus déstructurante que dans le reste du Maghreb et du monde arabe, la démocratie chez nous a été principalement portée par les masses populaires paupérisées. Elle a été intimement liée à la revendication de l'indépendance" nationale et à l'amélioration des conditions de vie d'une société faiblement différenciée. Rien, au niveau de la dynamique interne de la société algérienne ne s'opposait à l'émergence d'un Etat national indépendant fondé sur une démocratie pluraliste. Tout, au contraire, allait dans ce sens.

"A la fin de la Seconde guerre mondiale, les trois principales composantes du mouvement national menées respectivement par Messali Hadji, Ferhat Abbas et l'Association des Uléma Musulmans Algériens, présidée par Cheikh Bachir El Ibrahimi, impulsent une formidable mobilisation populaire dans le cadre des Amis du Manifeste et de la Liberté pour réclamer l'instauration d'une République algérienne. Nous savons tous comment l'Etat colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher.

"A partir de ce moment, il s'avère chaque jour plus évident que le pluralisme démocratique, par la dispersion des forces vives de la nation qui en résulte, n'est pas la forme d'organisation politique la mieux indiquée et la voie la plus judicieuse, pour engager le peuple algérien dans sa lutte de libération contre la domination coloniale française.

"A partir du 1er Novembre1954, le FLN unifie les rangs du peuple algérien et mobilise la quasi-totalité des élites politiques dans le cadre d'une lutte politico-militaire frontale contre le colonialisme français. Cette priorité donnée à l'unité sur la diversité ne procède évidemment pas d'une désaffection à l'égard de la démocratie, mais d'un souci d'efficacité rendu indispensable par les contraintes d'une lutte particulièrement difficile et meurtrière.

Il s'agit là d'une attitude imposée par les contraintes de la guerre de libération et non d'une rupture avec la démocratie. Il n'en reste pas moins que, là où cela est encore possible, comme dans les délibérations du Conseil National de la Révolution Algérienne, le principe de l'élection démocratique des dirigeants sera la règle.

"Cette même attitude donnant la priorité à l'unité sur la diversité sera maintenue après la victoire sur le colonialisme, et là encore, moins pour des raisons idéologiques de rejet contraire à la démocratie pluraliste que pour des raisons pratiques. Plus de sept ans de guerre ont contribué à atténuer les différences entre les militants des différents partis qui ont rejoint le FLN, tandis qu'une nouvelle génération de militants s'est forgée dans le combat libérateur et n'a comme seul repère que le FLN qui jouit par ailleurs d'une immense légitimité auprès de la presque totalité du peuple algérien. Ce serait donc une contrevérité que de dire que l'Algérie politique post-indépendance a été une dictature imposée au peuple algérien.

"Bien que ne correspondant pas aux standards internationaux de la démocratie politique représentative, le système politique algérien, qui a prévalu au lendemain de l'indépendance et jusqu'à la fin de la décennie soixante-dix, peut être qualifié d'authentique expérimentation démocratique nationale et sociale, notamment en généralisant l'instruction, l'emploi et la santé à l'ensemble du peuple algérien. Le seul reproche fondé que l'on puise faire, à posteriori, aux concepteurs de ce système politique, dont je fait partie, est sans doute d'avoir versé dans une vision idéaliste.

"L'ouverture démocratique intervenue par la suite s'essouffle sous le double effet d'un intense processus de différenciation sociale qui ralentit et bloque quelquefois le mouvement général d'ascension sociale et de la transformation du FLN en Parti-Etat qui exerce un contrôle de plus en plus pesant sur la société.

"L'heure est alors à une nouvelle adaptation de la pratique démocratique qui doit impérativement renouer avec le pluralisme démocratique, seul à même de gérer les attentes multiples et pour partie conflictuelles des différentes catégories socioculturelles de notre nation. La terrible crise que nous venons de traverser est d'abord due au fait que notre pays a manqué, à un moment crucial de son histoire, d'hommes et de femmes capables de concevoir et de mettre en pratique cette nouvelle inflexion en direction d'un pluralisme démocratique mais rassembleur. C'est parce que de tels hommes et de telles femmes ont émergé de la crise elle-même, que nous pouvons maintenant avoir confiance dans l'avenir de notre pays qui, de toute façon, n'a pas à faire table rase d'une partie quelconque de son passé.

"Enfin, je voudrais souligner que l'histoire de la pensée et des luttes démocratiques est indissociable de la pensée islamique et des luttes pour la renaissance de la civilisation musulmane. Croire ou feindre de croire que l'islam est un obstacle à la démocratie ou que la démocratie est une insulte à l'islam, revient à nier l'évolution profonde de notre nation depuis près de deux siècles, ainsi d'ailleurs que celle des sociétés musulmanes contemporaines, évolution qui a donné naissance, sous des formes variées, à des démocraties pluralistes fonctionnelles et à une véritable renaissance nationale et civilisationnelle. C'est en particulier le cas de la Malaisie et de la Turquie à titre d'exemple.

"Evidemment, la démocratie n'est pas une religion et l'Islam n'est pas un système politique. Comme en témoignent notamment la pensée et l'action de Cheikh Abdelhamid Benbadis, l'Islam est d'abord la voie de la perfectibilité de l'humain dans sa soumission volontaire et actionnelle à Dieu. Il éclaire et balise de ses valeurs et des principes les chemins sinueux, parfois même erratiques du politique, fût-il démocratique. Je suis convaincu que la très grande majorité du peuple algérien est en phase avec le message de Cheikh Abdelhamid Benbadis.

"La démocratie en Algérie est une réalité ancienne qui a connu des mutations diverses. La dernière mutation en direction d'une démocratie pluraliste représentative en phase avec les standards internationaux, ainsi qu'avec les valeurs de l'Ilam, a été particulièrement difficile, tragique et terriblement douloureuse pour des millions d'Algériennes et d'Algériens. Ces épreuves auront été utiles si elles nous permettent de conjuguer à nouveau diversité et unité, modernisation et attachement à notre civilisation. La mise en oeuvre de cette dernière mutation est en voie d'achèvement.

"Malgré la persistance résiduelle de groupes armés qui seront vaincus par la volonté de Dieu, Le Tout Puissant qui nous impose de ne pas relâcher notre vigilance, nous nous installons de manière de plus en plus cohérente dans une vie démocratique pluraliste. A tous les niveaux, les élections se déroulent régulièrement.

"Des partis politiques exprimant les différents courants d'opinion de notre société mènent leurs activités dans le respect de la diversité et de l'ordre public. Une presse d'une grande liberté de ton informe, commente et critique. Je pourrais vous dire que je suis satisfait du bilan accompli en particulier depuis 1999. Pourtant, tant que des hommes et des femmes resteront en marge de la communauté nationale, je serai, comme l'immense majorité de mes compatriotes, frustré et circonspect quant à l'irréversibilité du processus de démocratisation dans notre pays.

"C'est pourquoi j'ai proposé au peuple algérien une Charte pour la paix et la réconciliation nationale, dont la mise en pratique diligente doit constituer le point de non-retour de l'établissement d'un climat de paix et de confiance retrouvé sans lequel le consensus démocratique serait vidé d'une partie de sa substance. L'adoption presque unanime de cette Charte par le peuple algérien renvoie dos-à-dos les "démocrates" autoproclamés et les tenants d'un totalitarisme à présentation théocratique. Elle fait de la démocratie pluraliste, dans le cadre des principes islamiques, le bien commun de toutes les Algériennes et de tous les Algériens, quels que soient leur degré de piété, Dieu seul le sait, et l'orientation de leur engagement politique.

"Réintégrer tous les Algériens dans la communauté nationale n'est pas seulement l'aboutissement de la mutation de la démocratie vers un pluralisme rassembleur. C'est aussi un acte éminemment démocratique, qui nécessite la participation de toutes les citoyennes et de tous les citoyens, car il est porteur d'un formidable espoir pour la nation tout entière, l'espoir d'une société libérée enfin du mimétisme et du millénarisme qui sont les deux faces de notre tragédie nationale.

L'espoir d'une société enfin réconciliée avec elle-même et avec son histoire et préparant son avenir avec hardiesse, mais avec réalisme, loin de toute utopie. L'espoir d'une société pacifiée et créative, faute de quoi, notre démocratie dériverait fatalement vers la démagogie et l'anarchie. "Répétons-le encore une fois. La démocratie n'est pas une religion. Pour nous, en tous cas, elle n'est pas la valeur suprême. Même si nous empruntons sans aucun complexe aux sociétés occidentales, des techniques de gouvernement ainsi que des modes d'organisation et de représentation, nous ne partageons pas leur conception de l'organisation de la société qui, depuis le 18éme siècle, consiste en une exacerbation de l'individualisme.

"Pour nous qui avons un immense respect pour la personne humaine, la liberté de l'être humain est impensable sans le lien qui l'unit d'emblée à sa famille, à son terroir, à sa nation, à l'humanité entière et à son Créateur. C'est la raison pour laquelle, même quand nous nous rapprochons des standards internationaux, notre conception et nos pratiques de la démocratie restent- et resteront - en décalage partiel par rapport au monde occidental.

"Pour nous, l'instauration de la démocratie pluraliste représentative n'est pas une fin en soi. Elle n'a de sens que si elle permet à l'ensemble de notre nation de mieux se développer dans le respect de l'efficience et de l'équité.

"Infléchir positivement aujourd'hui les grandes traditions démocratiques de notre peuple et approfondir le processus démocratique en cours, c'est d'abord rétablir partout sur le territoire national la sécurité des personnes et des biens, en faisant du respect des droits de l'homme et de la promotion de l'Etat de droit, les deux aspects indissociables d'une même priorité. "Promouvoir la démocratie aujourd'hui dans notre pays consiste à libérer toutes les énergies créatrices pour édifier une économie productrice de valeurs et non plus seulement principalement consommatrice de ressources pétrolières et gazières, afin que le citoyen soucieux de ses devoirs et de ses droits, soit en même temps l'agent économique rationnel soucieux de ses intérêts et de ceux de sa nation.

"Promouvoir la démocratie dans notre pays consiste, dans le même temps, à légitimer les hiérarchies sociales licites, c'est-à-dire, celles qui sont fondées sur le savoir et l'esprit d'entreprise et à mener un combat inlassable contre les groupes qui se sont créées dans la corruption, la spéculation et le détournement des biens de l'Etat.

La montée en puissance d'une couche affairo-bureaucratique parasitaire est incontestablement l'une des causes majeures qui ont affaibli l'autorité de l'Etat et distendu la cohésion sociale. Aussi avions-nous vécu la tragédie que vous connaissez.

"Sans revenir à l'assistanat qui a largement contribué à démobiliser notre peuple, promouvoir la démocratie dans notre pays, consiste à tout mettre en œuvre pour que chaque famille dispose d'un toit et d'un travail suffisamment rémunérateur pour lui assurer une vie digne.

"Promouvoir la démocratie dans notre pays consiste, dans le même temps, à renforcer l'Etat, en rationalisant son fonctionnement et à faire émerger une société civile capable d'être une force d'auto-organisation et de prise de conscience de notre nation, une force de proposition à l'intention des pouvoirs publics et une école de formation pour les futures élites politiques. Ce dont a cruellement besoin la démocratie algérienne aujourd'hui, c'est de citoyens militant fraternellement pour le bien commun de notre nation. La réconciliation nationale peut et doit être le catalyseur et le creuset de cette vaste recomposition du tissu socio-culturel de notre nation, recomposition qui, seule, peut garantir, en la renouvelant et en l'infléchissant périodiquement, une démocratie en harmonie avec notre histoire, en phase avec notre présent et capable d'anticiper au mieux sur notre avenir, une démocratie pluraliste nationale et sociale animée par le souffle humaniste de l'Islam.

Chers frères, chères sœurs,

"Je ne quitterais pas cette tribune, alors que nous célébrons Youm El-Ilm, sans omettre d'appeler haut et fort les fils et filles d'Algérie, à consacrer leur vie à la quête du savoir, à être à l'affût de toute nouveauté dans le monde de la connaissance, de la créativité et de la technologie. "Je les exhorte à s'armer de l'esprit scientifique, à adopter un comportement exemplaire, à s'enrichir des valeurs morales, à se doter d'un esprit ouvert sur les sciences, à persévérer dans la recherche et à aspirer au succès et aux cimes du savoir qu'il soit de notre patrimoine ou d'ailleurs.

"Nous nous adressons également à notre communauté à l'étranger où qu'elle se trouve, pour l'appeler à rechercher le savoir et à affiner son expérience dans tous les domaines, notamment dans les spécialités les plus pointues. Nous l'appelons de même à contribuer, avec les compatriotes dans le pays, aux projets d'urbanisme, de modernisation et d'investissements utiles, générateurs de richesses à la fois scientifiques et matérielles.

"Je me tourne tout particulièrement vers notre élite intellectuelle savante, pour l'assurer que nous ne ménagerons aucun effort en vue de réunir les conditions idoines afin qu'elle ait sa véritable place dans son pays et qu'elle rejoigne les élites de l'Algérie, les édificateurs du projet de société dont nous rêvons tous. Il lui sera, assurément, donné l'opportunité d'être au service de sa chère patrie et de contribuer positivement, d'une manière ou d'une autre, de près ou de loin, à son progrès. J'affirme, par cela, l'importance du renforcement des liens qui l'unissent à la mère patrie, ce pays cher à nos cœurs.

"J'exhorte enfin les fils et filles d'Algérie à s'armer des vertus de la science et du patriotisme. L'amour de la patrie n'est-il pas un acte de foi, la quête du savoir une dévotion? Il me plaît de voir, en vous tous, la jeunesse prometteuse de l'Algérie, les porte-flambeaux de la paix, du rayonnement, de la civilisation et de l'humanité, les symboles de la compétence, de la fidélité et de la sincérité, les dépositaires et protecteurs du message et les héros qui se sont sacrifiés pour la fierté et la grandeur de l'Algérie.

"Les grandes réalisations accomplies dans notre pays dans différents secteurs depuis le recouvrement de l'indépendance nationale, les étapes considérables franchies dans l'édification du projet d'Etat et de société, nous incitent à regarder avec beaucoup de considération et de fierté l'expérience démocratique de l'Algérie d'aujourd'hui. Elle est la résultante de succès, de fractures, de difficultés, de défis, d'efforts incessants et de lourds sacrifices, qui ont débouché sur l'étape que nous vivons avec une conscience aiguë, une sagesse accrue et une ferme volonté d'aller vers un avenir prospère, avec constance et persévérance.

"Un avenir que nous appréhendons avec confiance et optimisme, tout en réaffirmant notre attachement à la démocratie en tant qu'option irréversible, avec l'aide de Dieu, et au nationalisme comme dogme, que ne surpasse que celui de l'unicité de Dieu. Tout en saluant les acquis démocratiques réalisés dans notre pays que nous considérons comme expérience riche et pionnière, comparativement à beaucoup de pays qui nous ont précédés sur cette voie sans même subir les tourments et les difficultés qui nous ont durement éprouvés, nous sommes conscients que cette expérience doit être enrichie, approfondie et consolidée et qu'elle est digne de soutien, de préservation et de promotion constante.

"Tout cela tend vers la réalisation des objectifs de développement et de progrès démocratique que nous nous sommes assignés, ainsi que l'attachement à l'authenticité, aux constantes et aux racines, conscients de la nécessité de nous conformer aux exigences de l'heure et à la modernité, fait indissociable de la mondialisation.

Je vous remercie de votre attention. Que le salut de Dieu soit sur vous".